• Chez le podologue

    Page 17/§ 1

    .... Arrivé dans la pièce, je m’assis face à lui. Ce n’était pas la première fois que je le consultais. J’avais dû le voir environ 2 ou 3 fois durant ces dix dernières années. Je m’attendais à ce qu’il me demande d’un instant à l’autre, de me déchausser. Et c’est ce qu’il fit. Je m’exécutai. En attendant, comme à l’accoutumé, il mâchonnait un chewing-gum fantôme. La séance venait à peine de commencer que déjà, il m’agaçait. Sa manie de se triturer les cheveux n’arrangeait pas les choses. Mais mon podologue était un orthopédiste réputé; il fallait donc se contenir. C’est alors que je constatai l’état misérable de mes chaussures. Éculées à l’arrière, elles ressemblaient à celles d’un SDF...


    Page 19/§ 1

    .... Le médecin se leva et me demanda de retirer mes chaussettes pour passer sur la vitre. C’était une caisse métallique assez imposante, posée à même le sol comme une balance. Je comparais cet engin étrange à une photocopieuse avec la seule différence qu’on n’y mettait pas de feuilles, mais un pied voire les deux. Je détestais cette machine, car elle mettait en relief toutes les imperfections et les malformations de mes pieds. Je pouvais alors contempler et passer au crible toute ma voûte plantaire. J’y observais des sillons ou des rides, les creux de mes talons, leurs fausses courbes, mais aussi mes orteils qui me faisaient penser à des croûtons de pain rassis. Pour alléger la facture, mes ongles de pieds présentaient des croûtes épidermiques particulièrement épaisses. Sur les premières phalanges, de gros poils noirs étaient plantés comme sur la tête d’un chauve. Je restai alors hébété  debout, les pieds posés sur ce machin lumineux qui me brûlait les yeux...


    Chez le podologue

     Chez le Podologue

    Page 20/§ 1 

     

    .... Il éteignit son engin et reprit place à son bureau, toujours aussi muet. J’avais peur qu’il m’annonce des catastrophes. J’eus alors la permission de me rechausser. J’allais enfin pouvoir m’épargner la vue abominable de mes pieds. A cet instant, je le détestais encore plus. Après un certain silence où seuls les crissements de son stylo bic noir se faisaient entendre, il m’expliqua brièvement sa prescription de tout un tas de crèmes et de médicaments, dans l'attente d'une nouvelle paire de semelles. Je ne voyais pas le rapport avec mes pieds-plats. Néanmoins, je le saluai et repartis avec mes chaussures éculées et une envie irrésistible de le supprimer.

      


  • Commentaires

    Aucun commentaire pour le moment

    Suivre le flux RSS des commentaires


    Ajouter un commentaire

    Nom / Pseudo :

    E-mail (facultatif) :

    Site Web (facultatif) :

    Commentaire :