• DOM HELDER CAMARA


     

    Dom Helder Camara


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    C’est à Fortaleza, ville du Nordeste brésilien qu’était né Dom Helder, un des grands représentants de l’épiscopat brésilien. Il grandit au sein d’une famille de 13 enfants. Né le 7 février 1909, il fut ordonné prêtre le 15 août 1931 puis évêque le 20 avril 1952. Entouré de son père franc-maçon, et de sa mère institutrice, Il avait su dès l’enfance, qu’il serait prêtre. Le Saint Esprit soufflait à chaque instant. Pour lui il était évident qu’il ne faisait qu’un avec le Christ. Tout au long de sa vie, il assuma de nombreuses responsabilités dans l’Eglise brésilienne. La soutane blanche qu’il portait, ne le quitta jamais plus et ce même lorsque les évêques lui permirent d’utiliser des vêtements civils. Ses oraisons n’avaient jamais été dithyrambiques, mais sa rhétorique était profonde et révélatrice d’un homme dont la foi semblait le soutenir malgré les vicissitudes dévastatrices et méphistophéliques des temps sombres qu’il traversait. Pour lui, l’enfer n’était en aucun point le destin naturel de l’humanité. Les sermons qu’il entonnait avec enthousiasme  et dynamisme, captivaient l’esprit du public.  Le rachitisme de son corps voire son pseudo nanisme était compensé par une vive gesticulation et un regard étincelant. Il lui arrivait de se dresser sur la pointe des pieds comme si les mots jaillissaient de son élan vers le ciel. Petit à petit, sur son visage hâve, des sillons plus ou moins profonds s’étaient creusés, délimitant ainsi des zones de chair maculées de taches brunes sur lesquelles la joie et le bonheur de vivre s’exprimaient encore.  Surnommé le « Mecejanense » en référence à sa terre d’origine dans le Ceara, il lui arrivait parfois, dans la force de l’âge,  d’utiliser de grosses lunettes aux contours épais et noirs qui n’étaient pas sans rappeler celles que portaient Le Corbusier, mais surtout l’architecte Alfonso Reiddy, sorte de jeux de miroirs décapants de deux personnalités tout à fait conséquentes d’un Brésil en proie à la métamorphose. L’architecte et le religieux ne semblaient plus faire qu’un derrière leurs verres et leurs discours, auprès de ces foules enfiévrées et attentives. Les deux hommes étaient en quelque sorte l’incarnation du courant progressiste de leur pays, et devaient marquer considérablement, chacun à sa manière, leurs compatriotes.

    Naviguant entre les eaux boueuses du communisme et du capitalisme, Dom Helder avait toujours été en quête  de compromis. Préconisant, une révolution sociale pacifique et humaniste, il cherchait à tout prix à préserver l’indépendance de son pays face aux deux puissances étrangères qu’étaient les USA et l’URSS. Dom Helder avait traversé un siècle au cocktail explosif, mêlant les guerres universelles, la bombe atomique, le réveil de l’Orient, la décolonisation ; un monde sur la corde raide constamment bousculé par des secousses politiques et des coups d’états ; un monde fracturé par la polarisation idéologique. Son pays, le Brésil, la célèbre « tâche verte » sur le globe, avait connu un important développement dans lequel il avait su gagner par son charisme et sa piété, le cœur du peuple. Dans le sillage d’un Gandhi ou d’un Martin Luther King, Dom Helder, le vieil homme surlequel se posaient les colombes, avait choisi la voix de la paix, de la non-violence. Ce saint homme avait réussi à moderniser et métamorphoser l’église brésilienne, tout en gardant sa place dans la course à  la croissance galopante du pays.

    Malgré toutes ces valeurs, l’homme n’avait pas réussi à dompter une partie de la jeunesse vulnérable aux extrémismes. Cette jeunesse qui revendiquait le combat par la violence, était beaucoup plus sensible à un Che Guevara. Minuscule goutte d’eau perdue au sein de ce vaste magma belliqueux et coincée pour un temps, au beau milieu de ces groupuscules fascisants, Julia, dont la mère ne cessait de pleurer la mort de Dom Helder, avait regané les mouvements extrémistes qui fleurissaient dans la région et avait connu un autre destin.

     


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